—Elle change tous les jours. On conteste les rois de Rome et les voyages de Pythagore! On attaque Bélisaire, Guillaume Tell, et jusqu'au Cid, devenu, grâce aux dernières découvertes, un simple bandit. C'est à souhaiter qu'on ne fasse plus de découvertes, et même l'Institut devrait établir une sorte de canon, prescrivant ce qu'il faut croire!
Il envoyait en post-scriptum des règles de critique, prises dans le cours de Daunou:
—Citer comme preuve le témoignage des foules, mauvaise preuve; elles ne sont pas là pour répondre.
—Rejetez les choses impossibles. On fit voir à Pausanias la pierre avalée par Saturne.
—L'architecture peut mentir, exemple: l'Arc du Forum, où Titus est appelé le premier vainqueur de Jérusalem, conquise avant lui par Pompée.
—Les médailles trompent, quelquefois. Sous Charles IX, on battit des monnaies avec le coin de Henri II.
—Tenez en compte l'adresse des faussaires, l'intérêt des apologistes et des calomniateurs.
Peu d'historiens ont travaillé d'après ces règles—mais tous en vue d'une cause spéciale, d'une religion, d'une nation, d'un parti, d'un système, ou pour gourmander les rois, conseiller le peuple, offrir des exemples moraux.
Les autres, qui prétendent narrer seulement, ne valent pas mieux. Car on ne peut tout dire. Il faut un choix. Mais dans le choix des documents, un certain esprit dominera;—et comme il varie, suivant les conditions de l'écrivain, jamais l'histoire ne sera fixée.
C'est triste, pensaient-ils.