Des habitudes qu'ils avaient tolérées les faisaient souffrir. Pécuchet devenait incommode avec sa manie de poser sur la nappe son mouchoir. Bouvard ne quittait plus la pipe, et causait en se dandinant. Des contestations s'élevaient, à propos des plats ou de la qualité du beurre. Dans leur tête-à-tête ils pensaient à des choses différentes.
Un événement avait bouleversé Pécuchet.
Deux jours après l'émeute de Chavignolles, comme il promenait son déboire politique, il arriva dans un chemin, couvert par des ormes touffus; et il entendit derrière son dos une voix crier:—Arrête!
C'était Mme Castillon. Elle courait de l'autre côté, sans l'apercevoir. Un homme, qui marchait devant elle, se retourna. C'était Gorju;—et ils s'abordèrent à une toise de Pécuchet, la rangée des arbres les séparant de lui.
—Est-ce vrai? dit-elle tu vas te battre?
Pécuchet se coula dans le fossé, pour entendre:
—Eh bien! oui, répliqua Gorju je vais me battre! Qu'est-ce que ça te fait?
—Il le demande! s'écria-t-elle, en se tordant les bras. Mais si tu es tué, mon amour? Oh reste!—Et ses yeux bleus, plus encore que ses paroles, le suppliaient.
—Laisse-moi tranquille! je dois partir!
Elle eut un ricanement de colère.—L'autre l'a permis, hein?