Ils se demandaient quelle impression cela causerait dans l'arrondissement, où iraient ensuite leur bibliothèque, leurs paperasses, leurs collections. La pensée de la mort les faisait s'attendrir sur eux-mêmes. Cependant, ils ne lâchaient point leur projet, et à force d'en parler, s'y accoutumèrent.

Le soir du 25 décembre, entre dix et onze heures, ils réfléchissaient dans le muséum, habillés différemment. Bouvard portait une blouse sur son gilet de tricot—et Pécuchet, depuis trois mois, ne quittait plus la robe de moine, par économie.

Comme ils avaient grand faim (car Marcel sorti dès l'aube n'avait pas reparu) Bouvard crut hygiénique de boire un carafon d'eau-de-vie et Pécuchet de prendre du thé.

En soulevant la bouilloire, il répandit de l'eau sur le parquet.

—Maladroit! s'écria Bouvard.

Puis trouvant l'infusion médiocre, il voulut la renforcer par deux cuillerées de plus.

—Ce sera exécrable dit Pécuchet.

—Pas du tout!

Et chacun tirant à soi la boîte, le plateau tomba; une des tasses fut brisée, la dernière du beau service en porcelaine.

Bouvard pâlit.—Continue! saccage! ne te gêne pas!