Ceux-là, suivant Pécuchet avaient l'âge du discernement et ils étudièrent les moyens de les corriger.

Pour qu'une punition soit bonne, dit Bentham, elle doit être proportionnée à la faute, sa conséquence naturelle. L'enfant a brisé un carreau, on n'en remettra pas, qu'il souffre du froid. Si, n'ayant plus faim, il redemande d'un plat, cédez-lui; une indigestion le fera vite se repentir. Il est paresseux; qu'il reste sans travail; l'ennui de soi-même l'y ramènera.

Mais Victor ne souffrirait pas du froid, son tempérament pouvait endurer des excès, et la fainéantise lui conviendrait.

Ils adoptèrent le système inverse, la punition médicinale. Des pensums lui furent donnés; il devint plus paresseux. On le privait de confiture; sa gourmandise en redoubla.

L'ironie aurait peut-être du succès? Une fois qu'il était venu déjeuner les mains sales, Bouvard le railla, l'appelant joli coeur, muscadin, gants-jaunes. Victor écoutait le front bas, blêmit tout à coup, et jeta son assiette à la tête de Bouvard—puis furieux de l'avoir manqué, se précipita vers lui. Ce n'était pas trop que trois hommes pour le contenir. Il se roulait par terre, tâchait de mordre.—Pécuchet l'arrosa de loin avec une carafe; de suite il fut calmé;—mais enroué, pendant trois jours. Le moyen n'était pas bon.

Ils en prirent un autre; au moindre symptôme de colère, le traitant comme un malade, ils le couchaient dans son lit. Victor s'y trouvait bien, et chantait.

Un jour, il dénicha dans la bibliothèque une vieille noix de coco;—et commençait à la fendre, quand Pécuchet survint.

—Mon coco!

C'était un souvenir de Dumouchel! Il l'avait apporté de Paris à Chavignolles, en leva les bras d'indignation.—Victor se mit à rire. Bon ami n'y tint plus—et d'une large calotte l'envoya bouler au fond de l'appartement;—puis tremblant d'émotion, alla se plaindre à Bouvard.

Bouvard lui fit des reproches.—Es-tu bête avec ton coco! Les coups abrutissent, la terreur énerve. Tu te dégrades toi-même!