C'est la torche, sans doute, qui faisant un jeu de lumière …
Éteignons-la!
Il l'éteint, l'obscurité est profonde.
Et, tout à coup, passent au milieu de l'air, d'abord une flaque d'eau, ensuite une prostituée, le coin d'un temple, une figure de soldat, un char avec deux chevaux blancs, qui se cabrent.
Ces images arrivent brusquement, par secousses, se détachant sur la nuit comme des peintures d'écarlate sur de l'ébène.
Leur mouvement s'accélère. Elles défilent d'une façon vertigineuse. D'autres fois, elles s'arrêtent et pâlissent par degrés, se fondent; ou bien, elles s'envolent, et immédiatement d'autres arrivent.
Antoine ferme ses paupières.
Elles se multiplient, l'entourent, l'assiègent. Une épouvante indicible l'envahit; et il ne sent plus rien qu'une contraction brûlante à l'épigastre. Malgré le vacarme de sa tête, il perçoit un silence énorme qui le sépare du monde. Il tâche de parler; impossible! C'est comme si le lien général de son être se dissolvait; et, ne résistant plus, Antoine tombe sur la natte.
II.
Alors une grande ombre, plus subtile qu'une ombre naturelle, et que d'autres ombres festonnent le long de ses bords, se marque sur la terre.
C'est le Diable, accoudé contre le toit de la cabane et portant sous ses deux ailes,—comme une chauve-souris gigantesque qui allaiterait ses petits,—les Sept Péchés Capitaux, dont les têtes grimaçantes se laissent entrevoir confusément.