Antoine, les yeux toujours fermés, jouit de son inaction; et il étale ses membres sur la natte.

Elle lui semble douce, de plus en plus,—si bien qu'elle se rembourre, elle se hausse, elle devient un lit, le lit une chaloupe; de l'eau clapote contre ses flancs.

A droite et à gauche, s'élèvent deux langues de terre noire, que dominent des champs cultivés, avec un sycomore, de place en place. Un bruit de grelots, de tambours et de chanteurs retentit au loin. Ce sont des gens qui s'en vont à Canope dormir sur le temple de Sérapis pour avoir des songes. Antoine sait cela;—et il glisse, poussé par le vent, entre les deux berges du canal. Les feuilles des papyrus et les fleurs rouges des nymphaeas, plus grandes qu'un homme, se penchent sur lui. Il est étendu au fond de la barque; un aviron, à l'arrière, traîne dans l'eau. De temps en temps un souffle tiède arrive, et les roseaux minces s'entre-choquent. Le murmure des petites vagues diminue. Un assoupissement le prend. Il songe qu'il est un solitaire d'Égypte.

Alors il se relève en sursaut.

Ai-je rêvé?… c'était si net que j'en doute. La langue me brûle! J'ai soif!

Il entre dans sa cabane, et tâte au hasard, partout.

Le sol est humide!… Est-ce qu'il a plu? Tiens! des morceaux! ma cruche brisée!… mais l'outre?

Il la trouve.

Vide! complètement vide!

Pour descendre jusqu'au fleuve, il me faudrait trois heures au moins, et la nuit est si profonde que je n'y verrais pas à me conduire. Mes entrailles se tordent. Où est le pain?