Antoine, malgré lui, les regarde.
Toutes celles que tu as rencontrées, depuis la fille des carrefours chantant sous sa lanterne jusqu'à la patricienne effeuillant des roses du haut de sa litière, toutes les formes entrevues, toutes les imaginations de ton désir, demande-les! Je ne suis pas une femme, je suis un monde. Mes vêtements n'ont qu'à tomber, et tu découvriras sur ma personne une succession de mystères!
Antoine claque des dents.
Si tu posais ton doigt sur mon épaule, ce serait comme une traînée de feu dans tes veines. La possession de la moindre place de mon corps t'emplira d'une joie plus véhémente que la conquête d'un empire. Avance tes lèvres! mes baisers ont le goût d'un fruit qui se fondrait dans ton coeur! Ah! comme tu vas te perdre sous mes cheveux, humer ma poitrine, t'ébahir de mes membres, et brûlé par mes prunelles, entre mes bras, dans un tourbillon …
Antoine fait un signe de croix.
Tu me dédaignes! adieu!
Elle s'éloigne en pleurant, puis se retourne:
Bien sûr? une femme si belle!
Elle rit, et le singe qui tient le bas de sa robe, la soulève.
Tu te repentiras, bel ermite, tu gémiras! tu t'ennuieras! mais je m'en moque! la! la! la! oh! oh! oh!