«—J'étais la main. Les dix doigts sont coupés. La bouche ne mange plus.»
L'esclave lui montra une poignée de pièces d'or. Elle se rua dessus, mais bientôt elle reprit son immobilité.
Il lui posa sous la gorge un poignard qu'il avait dans sa ceinture. Alors, en tremblant, elle alla soulever une large pierre et rapporta une amphore de vin, avec des poissons d'Hippo-Zaryte confits dans du miel.
Salammbô se détourna de cette nourriture immonde; et elle s'endormit sur les caparaçons des chevaux étendus dans un coin de la salle.
Avant le jour, il la réveilla.
Le chien hurlait. L'esclave s'en approcha tout doucement; et, d'un seul coup de poignard, lui abattit la tête. Puis, il frotta de sang les naseaux des chevaux pour les ranimer. La vieille lui lança par derrière une malédiction. Salammbô l'aperçut, et elle pressa l'amulette qu'elle portait sur son cœur.
Ils se remirent en marche.
De temps à autre, elle demandait si l'on ne serait pas bientôt arrivé. La route ondulait sur de petites collines. On n'entendait que le grincement des cigales. Le soleil chauffait l'herbe jaunie; la terre était toute fendillée par des crevasses, qui faisaient, en la divisant, comme des dalles monstrueuses. Quelquefois une vipère passait, des aigles volaient; l'esclave courait toujours; Salammbô rêvait sous ses voiles, et malgré la chaleur ne les écartait pas, dans la crainte de salir ses beaux vêtements.
A des distances régulières, des tours s'élevaient, bâties par les Carthaginois, afin de surveiller les tribus. Ils entraient dedans pour se mettre à l'ombre, puis repartaient.
La veille, par prudence, ils avaient fait un grand détour. Mais, à présent, on ne rencontrait personne; la région étant stérile, les Barbares n'y avaient point passé.