Il monta debout sur un des chevaux. Salammbô se laissa glisser jusqu'à lui; et ils s'enfuirent au grand galop en faisant le tour du camp punique, pour trouver une porte quelque part.
Mâtho était rentré dans sa tente. La lampe fumeuse éclairait à peine, et, il crut que Salammbô dormait; alors, il palpa délicatement la peau du lion, sur le lit de palmier. Il appela, elle ne répondit pas; il arracha vivement un lambeau de la toile pour faire venir du jour; le zaïmph avait disparu.
La terre tremblait sous des pas multipliés. De grands cris, des hennissements, des chocs d'armures s'élevaient dans l'air, et les fanfares des clairons sonnaient la charge. C'était comme un ouragan tourbillonnant autour de lui. Une fureur désordonnée le fit bondir sur ses armes, il se lança dehors.
Les longues files des Barbares descendaient, en courant, la montagne; les carrés puniques s'avançaient contre eux avec une oscillation lourde et régulière. Le brouillard, déchiré par les rayons du soleil, formait de petits nuages qui se balançaient; peu à peu, en s'élevant, ils découvraient les étendards, les casques et la pointe des piques. Sous les évolutions rapides, des portions de terrain encore dans l'ombre semblaient se déplacer d'un seul morceau; ailleurs, on aurait dit des torrents qui s'entre-croisaient, et, entre eux, des masses épineuses restaient immobiles. Mâtho distinguait les capitaines, les soldats, les hérauts et jusqu'aux valets par derrière, qui étaient montés sur des ânes. Au lieu de garder sa position pour couvrir les fantassins, Narr'Havas tourna brusquement à droite, comme s'il voulait se faire écraser par Hamilcar.
Ses cavaliers dépassèrent les éléphants qui se ralentissaient; et tous les chevaux, allongeant leur tête sans bride, galopaient d'un train si furieux que leur ventre paraissait frôler la terre. Tout à coup, Narr'Havas marcha résolument vers une sentinelle. Il jeta son épée, sa lance, ses javelots, et disparut au milieu des Carthaginois.
Le roi des Numides arriva dans la tente d'Hamilcar; et il dit, en lui montrant ses hommes qui se tenaient au loin arrêtés:
«—Barca! je te les amène, Ils sont à toi.»
Alors il se prosterna en signe d'esclavage, et, comme preuve de sa fidélité, rappela toute sa conduite depuis le commencement de la guerre.
D'abord il avait empêché le siège de Carthage et le massacre des captifs; puis, il n'avait point profité de la victoire contre Hannon après la défaite d'Utique; quant aux villes tyriennes, c'est qu'elles se trouvaient sur les frontières de son royaume. Enfin, il n'avait pas participé à la bataille du Macar; et il s'était absenté tout exprès pour fuir l'obligation de combattre le suffète.