Le roi des Numides se tenait à l'écart dans une attitude discrète; il portait au front un peu de la poussière qu'il avait touchée en se prosternant. Enfin le suffète s'avança vers lui, et, avec un air plein de gravité:

«—En récompense des services que tu m'as rendus, Narr'Havas, je te donne ma fille.» Il ajouta:—«Sois mon fils et défends ton père!»

Narr'Havas eut un grand geste de surprise, puis se jeta sur ses mains, qu'il couvrit de baisers.

Salammbô, calme comme une statue, semblait ne pas comprendre. Elle rougissait un peu, tout en baissant les paupières; ses longs cils recourbés faisaient des ombres sur ses joues.

Hamilcar voulut immédiatement les unir par des fiançailles indissolubles. On mit entre les mains de Salammbô une lance qu'elle offrit à Narr'Havas; on attacha leurs pouces l'un contre l'autre avec une lanière de bœuf, puis on leur versa du blé sur la tête;—et les grains, qui tombaient autour d'eux, sonnèrent comme de la grêle en rebondissant.


XII
L'AQUEDUC

Douze heures après, il ne restait plus des Mercenaires qu'un tas de blessés, de morts et d'agonisants.

Hamilcar, sorti brusquement du fond de la gorge, était redescendu sur la pente occidentale qui regarde Hippo-Zaryte; et, l'espace étant plus large en cet endroit, il avait eu soin d'y attirer les Barbares. Narr'Havas les avait enveloppés avec ses chevaux; le suffète, pendant ce temps-là, les refoulait, les écrasait; ils étaient vaincus d'avance par la perte du zaïmph; ceux mêmes qui ne s'en souciaient avaient senti une angoisse et comme un affaiblissement. Hamilcar, ne mettant pas son orgueil à garder pour lui le champ de bataille, s'était retiré un peu plus loin, à gauche, sur des hauteurs d'où il les dominait.