Alors le suffète mit sa main dans les mains des dix Barbares tour à tour, en serrant leurs pouces; puis il la frotta sur son vêtement, car leur peau visqueuse causait au toucher une impression rude et molle, un fourmillement gras qui horripilait. Ensuite il leur dit:

«—Vous êtes bien, tous, les chefs des Barbares et vous avez juré pour eux?

«—Oui!» répondirent-ils.

«—Sans contrainte, du fond de l'âme, avec l'intention d'accomplir vos promesses?»

Ils assurèrent qu'ils s'en retournaient vers les autres pour les exécuter.

«—Eh bien! dit le suffète, d'après la convention passée entre moi, Barca et les ambassadeurs des Mercenaires, c'est vous que je choisis, et je vous garde!»

Spendius tomba évanoui sur la natte. Les Barbares, comme l'abandonnant, se resserrèrent les uns près des autres; et il n'y eut pas un mot, pas une plainte.

Leurs compagnons, qui les attendaient, ne les voyant pas revenir, se crurent trahis. Sans doute, les parlementaires s'étaient donnés au suffète?

Ils attendirent encore deux jours; puis le matin du troisième leur résolution fut prise. Avec des cordes, des pics et des flèches disposées comme des échelons entre des lambeaux de toile, ils parvinrent à escalader les roches; et laissant derrière eux les plus faibles, trois mille environ, ils se mirent en marche pour rejoindre l'armée de Tunis.

Au haut de la gorge s'étalait une prairie clairsemée d'arbustes; les Barbares en dévorèrent les bourgeons. Ensuite ils trouvèrent un champ de fèves; et tout disparut comme si un nuage de sauterelles eût passé par là. Trois heures après ils arrivèrent sur un second plateau, que bordait une ceinture de collines vertes.