Ils se traînèrent ainsi pendant trois mois le long de la côte orientale, puis derrière la montagne de Selloum et jusqu'aux premiers sables du désert. Ils cherchaient une place de refuge, n'importe laquelle. Utique et Hippo-Zaryte seules ne les avaient pas trahis; mais Hamilcar enveloppait ces deux villes. Puis ils remontèrent dans le nord, au hasard, sans même connaître les routes. A force de misères leur tête était troublée.

Ils n'avaient plus que le sentiment d'une exaspération qui allait en se développant; et ils se retrouvèrent un jour dans les gorges du Cobus, encore une fois devant Carthage!

Alors les engagements se multiplièrent. La fortune se maintenait égale; mais ils étaient, les uns et les autres, tellement excédés, qu'ils souhaitaient, au lieu de ces escarmouches, une grande bataille, pourvu qu'elle fût bien la dernière.

Mâtho avait envie d'en porter lui-même la proposition au suffète. Un de ses Libyens se dévoua. Tous, en le voyant partir, étaient convaincus qu'il ne reviendrait pas.

Il revint le soir même.

Hamilcar acceptait leur défi. On se rencontrerait le lendemain, au soleil levant, dans la plaine de Rhadès.

Les Mercenaires voulurent savoir s'il n'avait rien dit de plus; le Libyen ajouta:

«—Comme je restais devant lui, il m'a demandé ce que j'attendais; j'ai répondu: «—Qu'on me tue!» Alors il a repris: «-Non! va-t'en! ce sera pour demain, avec les autres.»

Cette générosité étonna les Barbares; quelques-uns en furent terrifiés; Mâtho regretta que le parlementaire n'eût pas été tué.

Il lui restait encore trois mille Africains, douze cents Grecs, quinze cents Campaniens, deux cents Ibères, quatre cents Étrusques, cinq cents Samnites, quarante Gaulois et une troupe de Naffur, bandits nomades rencontrés dans la région des dattes, en tout, sept mille deux cent dix-neuf soldats, mais pas un syntagme complet. Ils avaient bouché les trous de leurs cuirasses avec des omoplates de quadrupèdes et remplacé leurs cothurnes d'airain par des sandales en chiffons. Des plaques de cuivre ou de fer alourdissaient leurs vêtements; leurs cottes de mailles pendaient en guenilles autour d'eux, et des balafres apparaissaient comme des fils de pourpre, entre les poils de leurs bras et de leurs visages.