«—Réfléchissez!» disait Spendius.
Les deux jours suivants se passèrent à payer les gens de Magdala, de Leptis, d'Hécatompyle; Spendius se répandait chez les Gaulois.
«—On solde les Libyens, ensuite on payera les Grecs, puis les Baléares, les Asiatiques, et tous les autres! Mais vous, qui n'êtes pas nombreux, on ne vous donnera rien! Vous ne reverrez plus vos patries! Vous n'aurez point de vaisseaux! Ils vous tueront, pour épargner la nourriture.»
Les Gaulois vinrent trouver le suffète. Autharite, celui qu'il avait blessé chez Hamilcar, l'interpella. Il disparut repoussé par les esclaves, mais en jurant qu'il se vengerait.
Les réclamations, les plaintes se multiplièrent. Les plus obstinés pénétraient dans la tente du suffète; pour l'attendrir ils prenaient ses mains, lui faisaient palper leurs bouches sans dents, leurs bras tout maigres et les cicatrices de leurs blessures. Ceux qui n'étaient point encore payés s'irritaient, ceux qui avaient reçu leur solde en demandaient une autre pour leurs chevaux; et les vagabonds, les bannis, prenant les armes des soldats, affirmaient qu'on les oubliait. A chaque minute, il arrivait comme des tourbillons d'hommes; les tentes craquaient, s'abattaient; la multitude serrée entre les remparts du camp oscillait à grands cris depuis les portes jusqu'au centre. Quand le tumulte se faisait trop fort, Giscon posait un coude sur son sceptre d'ivoire, et, regardant la mer, il restait immobile, les doigts enfoncés dans sa barbe.
Souvent Mâtho s'écartait pour s'entretenir avec Spendius; puis il se replaçait en face du suffète, et Giscon sentait perpétuellement ses prunelles comme deux phalariques en flammes dardées vers lui. Par-dessus la foule, plusieurs fois, ils se lancèrent des injures, mais qu'ils n'entendirent pas. Cependant la distribution continuait, et le Suffète à tous les obstacles trouvait des expédients.
Les Grecs voulurent élever des chicanes sur la différence des monnaies. Il leur fournit de telles explications qu'ils se retirèrent sans murmures. Les Nègres réclamèrent de ces coquilles blanches usitées pour le commerce dans l'intérieur de l'Afrique. Il leur offrit d'en envoyer prendre à Carthage; alors, comme les autres, ils acceptèrent de l'argent.
On avait promis aux Baléares quelque chose de meilleur, à savoir des femmes. Le suffète répondit que l'on attendait pour eux toute une caravane de vierges; la route était longue, il fallait encore six lunes. Quand elles seraient grasses et bien frottées de benjoin, on les enverrait sur des vaisseaux dans les ports des Baléares.
Tout à coup, Zarxas, beau maintenant et vigoureux, sauta comme un bateleur sur les épaules de ses amis, et il cria: