C'était la voix des esclaves dans l'ergastule. Des soldats, pour les délivrer, se levèrent d'un bond et disparurent.
Ils revinrent, chassant au milieu des cris, dans la poussière, une vingtaine d'hommes que l'on distinguait à leur visage plus pâle. Un petit bonnet de forme conique, en feutre noir, couvrait leur tête rasée; ils portaient tous des sandales de bois et faisaient un bruit de ferrailles comme des chariots en marche.
Ils arrivèrent dans l'avenue des cyprès, où ils se perdirent parmi la foule, qui les interrogeait. L'un d'eux était resté à l'écart, debout. A travers les déchirures de sa tunique on apercevait ses épaules rayées par de longues balafres. Baissant le menton, il regardait autour de lui avec méfiance et fermait un peu ses paupières dans l'éblouissement des flambeaux. Quand il vit que personne de ces gens armés ne lui en voulait, un grand soupir s'échappa de sa poitrine; il balbutiait, il ricanait sous les larmes claires qui lavaient sa figure; puis il saisit par les anneaux un canthare tout plein, le leva droit en l'air au bout de ses bras d'où pendaient des chaînes, et, regardant le ciel et toujours tenant la coupe, il dit:
«—Salut d'abord à toi, Baal-Eschmôun libérateur, que les gens de ma patrie appellent Esculape! et à vous, Génies des fontaines, de la lumière et des bois! et à vous, Dieux cachés sous les montagnes et dans les cavernes de la terre! et à vous, hommes forts aux armures reluisantes, qui m'avez délivré!»
Il laissa tomber la coupe et conta son histoire. On le nommait Spendius. Les Carthaginois l'avaient pris à la bataille des Égineuses; et parlant grec, ligure et punique, il remercia encore une fois les Mercenaires; il leur baisait les mains; enfin, il les félicita du banquet, tout en s'étonnant de n'y pas apercevoir les coupes de la Légion sacrée. Ces coupes, portant une vigne en émeraude sur chacune de leurs six faces en or, appartenaient à une milice exclusivement composée des jeunes patriciens, les plus hauts de taille. C'était un privilège, presque un honneur sacerdotal; aussi rien dans les trésors de la République n'était plus convoité des Mercenaires. Ils détestaient la Légion à cause de cela, et on en avait vu qui risquaient leur vie pour l'inconcevable plaisir d'y boire.
Donc ils commandèrent d'aller chercher les coupes. Elles étaient en dépôt chez les Syssites, compagnies de commerçants qui mangeaient en commun. Les esclaves revinrent. A cette heure, tous les membres des Syssites dormaient.
«—Qu'on les réveille!» répondirent les Mercenaires.
Après une seconde démarche, on leur expliqua qu'elles étaient enfermées dans un temple.
«—Qu'on l'ouvre!» répliquèrent-ils.
Et quand les esclaves, en tremblant, eurent avoué qu'elles étaient entre les mains du général Giscon, ils s'écrièrent: