«—J'aurais dû l'enlever!—disait-il le soir à Spendius.—Il fallait la saisir, l'arracher de sa maison! Personne n'eût osé rien contre moi!»
Spendius ne l'écoutait pas. Étendu sur le dos, il se reposait avec délices, près d'une grande jarre pleine d'eau miellée, où de temps à autre il se plongeait la tête pour boire plus abondamment.
Mâtho reprit:
«—Que faire?... Comment rentrer dans Carthage?
«—Je ne sais», lui dit Spendius.
Cette impassibilité l'exaspérait; il s'écria:
«—Eh! la faute vient de toi! Tu m'entraînes, puis tu m'abandonnes, lâche que tu es! Pourquoi donc t'obéirais-je? Te crois-tu mon maître? Ah! prostitueur, esclave, fils d'esclave!» Il grinçait des dents et levait sur Spendius sa large main.
Le Grec ne répondit pas. Un lampadaire d'argile brûlait doucement contre le mât de la tente, où le zaïmph rayonnait dans la panoplie suspendue.
Tout à coup, Mâtho chaussa ses cothurnes, boucla sa jaquette à lames d'airain, prit son casque.