Une lettre de sa mère l’attendait chez lui.

«Pourquoi une si longue absence? Ta conduite commence à paraître ridicule. Je comprends que, dans une certaine mesure, tu aies d’abord hésité devant cette union; cependant réfléchis!»

Et elle précisait les choses: quarante-cinq mille livres de rente. Du reste, «on en causait»; et M. Roque attendait une réponse définitive. Quant à la jeune personne, sa position véritablement était embarrassante. «Elle t’aime beaucoup.»

Frédéric rejeta la lettre sans la finir et en ouvrit une autre, un billet de Deslauriers.

«Mon vieux,

«La poire est mûre. Selon ta promesse, nous comptons sur toi. On se réunit demain au petit jour, place du Panthéon. Entre au café Soufflot. Il faut que je te parle avant la manifestation.»

«Oh! je les connais, leurs manifestations. Mille grâces! j’ai un rendez-vous plus agréable.»

Et, le lendemain, dès onze heures, Frédéric était sorti. Il voulait donner un dernier coup d’œil aux préparatifs; puis, qui sait, elle pouvait, par un hasard quelconque, être en avance? En débouchant de la rue Tronchet, il entendit derrière la Madeleine une grande clameur; il s’avança; et il aperçut au fond de la place, à gauche, des gens en blouse et des bourgeois.

En effet, un manifeste publié dans les journaux avait convoqué à cet endroit tous les souscripteurs du banquet réformiste. Le ministère, presque immédiatement, avait affiché une proclamation l’interdisant. La veille au soir, l’opposition parlementaire y avait renoncé; mais les patriotes, qui ignoraient cette résolution des chefs, étaient venus au rendez-vous, suivis par un grand nombre de curieux. Une députation des écoles s’était portée tout à l’heure chez Odilon Barrot. Elle était maintenant aux Affaires étrangères, et on ne savait pas si le banquet aurait lieu, si le gouvernement exécuterait sa menace, si les gardes nationaux se présenteraient. On en voulait aux députés comme au pouvoir. La foule augmentait de plus en plus, quand tout à coup vibra dans les airs le refrain de la Marseillaise.

C’était la colonne des étudiants qui arrivait. Ils marchaient au pas, sur deux files, en bon ordre, l’aspect irrité, les mains nues, et tous criant par intervalles: