—Bravo! adopté! répondit la foule.
—Le citoyen Jean-Jacques Langreneux, typographe, rue Dauphine, voudrait qu’on élevât un monument à la mémoire des martyrs de thermidor.
Des applaudissements éclatèrent; quelques-uns cependant se penchaient vers leurs voisins pour savoir ce qu’étaient les martyrs de thermidor.
«Michel-Évariste-Népomucène Vincent, ex-professeur, émet le vœu que la démocratie européenne adopte l’unité de langage. On pourrait se servir d’une langue morte, comme par exemple du latin perfectionné.
—Non! pas de latin! s’écria l’architecte.
—Pourquoi? reprit un maître d’études.»
Et ces deux messieurs engagèrent une discussion, où d’autres se mêlèrent, chacun jetant son mot pour éblouir, et qui ne tarda pas à devenir tellement fastidieuse, que beaucoup s’en allaient.
Mais un petit vieillard, portant au bas de son front prodigieusement haut des lunettes vertes, réclama la parole pour une communication urgente.
C’était un mémoire sur la répartition des impôts. Les chiffres découlaient, cela n’en finissait plus! L’impatience éclata d’abord en murmures, en conversations; rien ne le troublait. Puis on se mit à siffler, on appelait «Azor»; Sénécal gourmanda le public; l’orateur continuait comme une machine. Il fallut, pour l’arrêter, le prendre par le coude. Le bonhomme eut l’air de sortir d’un songe, et, levant tranquillement ses lunettes:
«Pardon! citoyens! pardon! Je me retire! mille excuses!»