L’insuccès de cette lecture déconcerta Frédéric. Il avait son discours dans sa poche, mais une improvisation eût mieux valu.
Enfin, le président annonça qu’ils allaient passer à l’affaire importante, la question électorale. On ne discuterait pas les grandes listes républicaines. Cependant le Club de l’Intelligence avait bien le droit, comme un autre, d’en former une, «n’en déplaise à MM. les pachas de l’Hôtel de Ville», et les citoyens qui briguaient le mandat populaire pouvaient exposer leurs titres.
«Allez-y donc!» dit Dussardier.
Un homme en soutane, crépu, et de physionomie pétulante, avait déjà levé la main. Il déclara, en bredouillant, s’appeler Ducretot, prêtre et agronome, auteur d’un ouvrage intitulé Des engrais. On le renvoya vers un cercle horticole.
Puis un patriote en blouse gravit la tribune. Celui-là était un plébéien, large d’épaules, une grosse figure très douce et de longs cheveux noirs. Il parcourut l’assemblée d’un regard presque voluptueux, se renversa la tête, et enfin, écartant les bras:
«Vous avez repoussé Ducretot, ô mes frères! et vous avez bien fait, mais ce n’est pas par irréligion, car nous sommes tous religieux.»
Plusieurs écoutaient la bouche ouverte, avec des airs de catéchumènes, des poses extatiques.
«Ce n’est pas non plus parce qu’il est prêtre, car, nous aussi, nous sommes prêtres! L’ouvrier est prêtre, comme l’était le fondateur du socialisme, notre Maître à tous, Jésus-Christ!»
Le moment était venu d’inaugurer le règne de Dieu! L’Évangile conduisait tout droit à 89! Après l’abolition de l’esclavage, l’abolition du prolétariat. On avait eu l’âge de haine, allait commencer l’âge d’amour.
«Le christianisme est la clef de voûte et le fondement de l’édifice nouveau...