Les maisons bientôt disparurent, la campagne s’élargit. Seul dans son wagon et les pieds sur la banquette, il ruminait les événements des derniers jours, tout son passé. Le souvenir de Louise lui revint.
«Elle m’aimait, celle-là! J’ai eu tort de ne pas saisir ce bonheur... Bah! n’y pensons plus!»
Puis, cinq minutes après:
«Qui sait cependant?... plus tard, pourquoi pas?»
Sa rêverie, comme ses yeux, s’enfonçait dans de vagues horizons.
«Elle était naïve, une paysanne, presque une sauvage, mais si bonne!»
A mesure qu’il avançait vers Nogent, elle se rapprochait de lui. Quand on traversa les prairies de Sourdun, il l’aperçut sous les peupliers comme autrefois, coupant des joncs au bord des flaques d’eau; on arrivait, il descendit.
Puis il s’accouda sur le pont, pour revoir l’île et le jardin où ils s’étaient promenés un jour de soleil;—et l’étourdissement du voyage et du grand air, la faiblesse qu’il gardait de ses émotions récentes, lui causant une sorte d’exaltation, il se dit:
«Elle est peut-être sortie; si j’allais la rencontrer!»
La cloche de Saint-Laurent tintait, et il y avait sur la place, devant l’église, un rassemblement de pauvres, avec une calèche, la seule du pays (celle qui servait pour les noces), quand, sous le portail, tout à coup, dans un flot de bourgeois en cravate blanche, deux nouveaux mariés parurent.