Il se crut halluciné. Mais non! C’était bien elle, Louise!—couverte d’un voile blanc qui tombait de ses cheveux rouges à ses talons; et c’était bien lui, Deslauriers!—portant un habit bleu brodé d’argent, un costume de préfet. Pourquoi donc?

Frédéric se cacha dans l’angle d’une maison pour laisser passer le cortège.

Honteux, vaincu, écrasé, il retourna vers le chemin de fer et s’en revint à Paris.

Son cocher de fiacre assura que les barricades étaient dressées depuis le Château-d’Eau jusqu’au Gymnase, et prit par le faubourg Saint-Martin. Au coin de la rue de Provence, Frédéric mit pied à terre pour gagner les boulevards.

Il était cinq heures, une pluie fine tombait. Des bourgeois occupaient le trottoir du côté de l’Opéra. Les maisons d’en face étaient closes. Personne aux fenêtres. Dans toute la largeur du boulevard, des dragons galopaient, à fond de train, penchés sur leurs chevaux, le sabre nu, et les crinières de leurs casques et leurs grands manteaux blancs soulevés derrière eux passaient sur la lumière des becs de gaz, qui se tordaient au vent dans la brume. La foule les regardait, muette, terrifiée.

Entre les charges de cavalerie, des escouades de sergents de ville survenaient, pour faire refluer le monde dans les rues.

Mais, sur les marches de Tortoni, un homme,—Dussardier,—remarquable de loin à sa haute taille, restait sans plus bouger qu’une cariatide.

Un des agents qui marchait en tête, le tricorne sur les yeux, le menaça de son épée.

L’autre alors, s’avançant d’un pas, se mit à crier:

«Vive la république!»