«J’ai vu quelqu’un, avant-hier, qui m’a parlé de vous, M. de Cisy; vous le connaissez, n’est-ce pas?
—Oui... un peu.»
Tout à coup Mme Dambreuse s’écria:
«Duchesse, ah! quel bonheur!»
Et elle s’avança jusqu’à la porte, au-devant d’une vieille petite dame, qui avait une robe de taffetas carmélite et un bonnet de guipure à longues pattes. Fille d’un compagnon d’exil du comte d’Artois et veuve d’un maréchal de l’empire créé pair de France en 1830, elle tenait à l’ancienne cour comme à la nouvelle et pouvait obtenir beaucoup de choses. Ceux qui causaient debout s’écartèrent, puis reprirent leur discussion.
Maintenant, elle roulait sur le paupérisme, dont toutes les peintures, d’après ces messieurs, étaient fort exagérées.
«Cependant, objecta Martinon, la misère existe, avouons-le! Mais le remède ne dépend ni de la science ni du pouvoir. C’est une question purement individuelle. Quand les basses classes voudront se débarrasser de leurs vices, elles s’affranchiront de leurs besoins. Que le peuple soit plus moral et il sera moins pauvre!»
Suivant M. Dambreuse, on n’arriverait à rien de bien sans une surabondance du capital. Donc, le seul moyen possible était de confier, «comme le voulaient, du reste, les saint-simoniens (mon Dieu, ils avaient du bon! soyons justes envers tout le monde), de confier, dis-je, la cause du progrès à ceux qui peuvent accroître la fortune publique». Insensiblement on aborda les grandes exploitations industrielles, les chemins de fer, la houille. Et M. Dambreuse, s’adressant à Frédéric, lui dit tout bas:
«Vous n’êtes pas venu pour notre affaire.»
Frédéric allégua une maladie; mais, sentant que l’excuse était trop bête: