«Vous ne faites pas d’affaires ensemble, je suppose?»

Il protesta par des secousses de tête multipliées, sans comprendre l’intention du capitaliste, qui voulait lui donner un conseil.

Il avait envie de partir. La peur de sembler lâche le retint. Un domestique enlevait les tasses de thé; Mme Dambreuse causait avec un diplomate en habit bleu; deux jeunes filles, rapprochant leurs fronts, se faisaient voir une bague; les autres, assises en demi-cercle sur des fauteuils, remuaient doucement leurs blancs visages, bordés de chevelures noires ou blondes; personne enfin ne s’occupait de lui. Frédéric tourna les talons; et, par une suite de longs zigzags, il avait presque gagné la porte, quand, passant près d’une console, il remarqua dessus, entre un vase de Chine et la boiserie, un journal plié en deux. Il le tira quelque peu et lut ces mots: le Flambard.

Qui l’avait apporté? Cisy! Pas un autre évidemment. Qu’importait, du reste! Ils allaient croire, tous déjà croyaient peut-être à l’article. Pourquoi cet acharnement? Une ironie silencieuse l’enveloppait. Il se sentait comme perdu dans un désert. Mais la voix de Martinon s’éleva:

«A propos d’Arnoux, j’ai lu parmi les prévenus des bombes incendiaires le nom d’un de ses employés, Sénécal. Est-ce le nôtre?

—Lui-même», dit Frédéric.

Martinon répéta, en criant très haut:

«Comment, notre Sénécal! notre Sénécal!»

Alors, on le questionna sur le complot; sa place d’attaché au parquet devait lui fournir des renseignements.

Il confessa n’en pas avoir. Du reste, il connaissait fort peu le personnage, l’ayant vu deux ou trois fois seulement, et le tenait en définitive pour un assez mauvais drôle. Frédéric, indigné, s’écria: