«Tu lui en veux donc beaucoup, à Pellerin?»
Frédéric ne cacha pas sa rancune.
Le peintre, cependant, avait retiré de la montre le fameux tableau. On ne devait pas se brouiller pour des vétilles! A quoi bon se faire un ennemi?
«Il a cédé à un mouvement d’humeur, excusable dans un homme qui n’a pas le sou. Tu ne peux pas comprendre ça, toi!»
Et Deslauriers remonté chez lui, le commis ne lâcha point Frédéric; il l’engagea même à acheter le portrait. En effet, Pellerin, désespérant de l’intimider, les avait circonvenus pour que, grâce à eux, il prît la chose.
Deslauriers en reparla, insista. Les prétentions de l’artiste étaient raisonnables.
«Je suis sûr que moyennant peut-être cinq cents francs...
—Ah! donne-les! tiens, les voici», dit Frédéric.
Le soir même, le tableau fut apporté. Il lui parut plus abominable encore que la première fois. Les demi-teintes et les ombres s’étaient plombées sous des retouches trop nombreuses, et elles semblaient obscurcies par rapport aux lumières, qui, demeurées brillantes çà et là, détonnaient dans l’ensemble.
Frédéric se vengea de l’avoir payé en le dénigrant amèrement. Deslauriers le crut sur parole et approuva sa conduite, car il ambitionnait toujours de constituer une phalange dont il serait le chef; certains hommes se réjouissent de faire faire à leurs amis des choses qui leur sont désagréables.