Quelquefois, elle reste ainsi, pendant fort longtemps, sans parler, sans manger; puis elle se réveille—et débite des choses merveilleuses.

ANTOINE.

Vraiment?

SIMON.

Ennoia! Ennoia! Ennoia! raconte ce que tu as à dire!

Elle tourne ses prunelles comme sortant d’un songe, passe lentement ses doigts sur ses deux sourcils, et d’une voix dolente:

HÉLÈNE (ENNOIA).

J’ai souvenir d’une région lointaine, couleur d’émeraude. Un seul arbre l’occupe.

Antoine tressaille.

A chaque degré de ses larges rameaux se tient dans l’air un couple d’Esprits. Les branches autour d’eux s’entre-croisent, comme les veines d’un corps; et ils regardent la vie éternelle circuler depuis les racines plongeant dans l’ombre jusqu’au faîte qui dépasse le soleil. Moi, sur la deuxième branche, j’éclairais avec ma figure les nuits d’été.