SIMON.

Les veux-tu?

Antoine le regarde;—et une voix intérieure murmure dans sa poitrine: «Pourquoi pas?»

Simon reprend:

Celui qui connaît les forces de la Nature et la substance des Esprits doit opérer des miracles. C’est le rêve de tous les sages—et le désir qui te ronge; avoue-le!

Au milieu des Romains, j’ai volé dans le cirque tellement haut qu’on ne m’a plus revu. Néron ordonna de me décapiter; mais ce fut la tête d’une brebis qui tomba par terre, au lieu de la mienne. Enfin on m’a enseveli tout vivant; mais j’ai ressuscité le troisième jour. La preuve, c’est que me voilà!

Il lui donne ses mains à flairer. Elles sentent le cadavre. Antoine se recule.

Je peux faire se mouvoir des serpents de bronze, rire des statues de marbre, parler des chiens. Je te montrerai une immense quantité d’or; j’établirai des rois; tu verras des peuples m’adorant! Je peux marcher sur les nuages et sur les flots, passer à travers les montagnes, apparaître en jeune homme, en vieillard, en tigre et en fourmi, prendre ton visage, te donner le mien, conduire la foudre. L’entends-tu?

Le tonnerre gronde, des éclairs se succèdent.

C’est la voix du Très-Haut! «car l’Éternel ton Dieu est un feu», et toutes les créations s’opèrent par des jaillissements de ce foyer.