1o A l’excellent M. Pottier, «qui a rendu à la bibliothèque de la ville des services bien plus signalés». (Sans doute, comme s’il s’agissait de votre bibliothèque!)—Ni 2o à Hyacinthe Langlois! Celui-là, messieurs, je l’ai connu, et mieux que vous tous. Ne relevez pas cette mémoire! Ne parlez jamais de ce noble artiste! Sa vie a été une honte pour ses concitoyens.

Maintenant, il est vrai, vous l’appelez «une grande illustration normande»; et, distribuant la gloire d’une manière toute fantaisiste, vous citez «parmi les illustrations dont peut s’honorer notre ville» (elle le peut, mais elle ne le fait pas toujours) P. Corneille (Corneille, une illustration? décidément vous êtes sévère!), puis, pêle-mêle, Boïeldieu, Lemonnier, Fontenelle et M. Court!—en oubliant Géricault, le père de la peinture moderne; Saint-Amant, un grand poète; Boisguilbert, le premier économiste de la France; Cavelier de La Salle, qui découvrit les embouchures du Mississipi; Louis Poterat, l’inventeur de la porcelaine en Europe,—et d’autres!

Que vos prédécesseurs aient oublié de rendre «des hommages suprêmes, excessifs, suffisants», ou même aucune espèce d’hommage à ces «illustrations», telles que Samuel Bochart, par exemple, laissant la ville de Caen baptiser de ce nom une de ses rues; cela est incontestable!—mais une injustice antérieure doit-elle autoriser les subséquentes?

Il est vrai que Rabelais, Montaigne, Ronsard, Pascal, La Bruyère, Le Sage, Diderot, Vauvenargues, Lamennais, Alexandre Dumas et Balzac n’ont dans leur pays natal rien qui les rappelle, tandis qu’on peut voir à Nogent-le-Rotrou la statue du général de Saint-Pol; à Gisors, celle du général Blanmont; à Pontoise, celle du général Leclerc; à Avranches, celle du général Valhubert; à Lyon, celle de M. Vaïsse; à Nantes, celle de M. Billault; à Deauville, celle de M. de Morny; au Havre, celle d’Ancelot; à Valence, celle de Ponsard; dans un jardin public, à Vire, le buste colossal de Chênedollé; à Séez, en face de la cathédrale, une statue superbe érigée à Conté, célèbre par ses crayons, etc.

Cela est fort bien, si les deniers publics n’en ont pas souffert. Ceux qui aiment la gloire doivent la payer; que les particuliers qui veulent rendre des honneurs à quelqu’un les lui rendent à leurs frais.

Et c’est là l’exemple, le précédent même que nous voulions établir.

Votre devoir d’édiles,—du moment que vos finances ne risquaient rien, était de prendre vis-à-vis de nous des garanties d’exécution. Avec le droit absolu de choisir l’emplacement de notre fontaine, vous aviez celui de refuser notre sculpteur et même d’exiger un concours.

Loin de là, vous vous préoccupez du succès hypothétique de Mademoiselle Aïssé.

«Si ce drame n’était pas applaudi, l’exécution d’un monument public élevé à son mérite littéraire (le mérite de Bouilhet) n’en recevrait-il pas un contre-coup?»

Et M. Nion (l’adjoint chargé spécialement des Beaux-Arts) trouve que si, par malheur, ce drame tombait, l’adoption de la mesure proposée serait de la part du Conseil municipal «une témérité».