«Lorsque vint l’heure enfin de la récompense définitive, on rencontra je ne sais quelle mauvaise volonté qui mit obstacle à l’espérance suprême des amis de Louis Bouilhet. On ne voulut pas de son buste sur une place publique et dans une ville qu’il illustrait de tous les bruits de sa renommée. En vain ses amis proposaient d’amener l’eau sur cette place aride, afin que le buste, ornement de la fontaine, disparût dans ce bienfait; mais faites donc entendre aux hommes injustes la cruauté d’un pareil refus! Ils dresseraient tant qu’on voudrait des images à la guerre: ils ne veulent pas de la poésie!»
Parmi vous, d’ailleurs, sur vingt-quatre que vous étiez, onze se sont déclarés pour nous; et MM. Vaucquier du Traversin, F. Deschamps et Raoul Duval ont éloquemment protesté en faveur des lettres.
Cette affaire en soi est fort peu de chose. Mais on peut la noter comme un signe du temps,—comme un trait caractéristique de votre classe,—et ce n’est plus à vous, messieurs, que je m’adresse, mais à tous les bourgeois. Donc, je leur dis:
Conservateurs qui ne conservez rien,
Il serait temps de marcher dans une autre voie,—et puisqu’on parle de régénération, de décentralisation, changez d’esprit! ayez à la fin quelque initiative!
La noblesse française s’est perdue pour avoir eu, pendant deux siècles, les sentiments d’une valetaille. La fin de la bourgeoisie commence parce qu’elle a ceux de la populace. Je ne vois pas qu’elle lise d’autres journaux, qu’elle se régale d’une musique différente, qu’elle ait des plaisirs plus relevés. Chez l’une comme chez l’autre, c’est le même amour de l’argent, le même respect du fait accompli, le même besoin d’idoles pour les détruire, la même haine de toute supériorité, le même esprit de dénigrement, la même crasse ignorance!
Ils sont sept cents à l’Assemblée nationale. Combien y en a-t-il qui puissent dire les noms des principaux traités de notre histoire, ou les dates de six rois de France, qui sachent les premiers éléments de l’économie politique, qui aient lu seulement Bastiat? La municipalité de Rouen, qui tout entière a nié le mérite d’un poète, ignore peut-être les règles de la versification? et elle n’a pas besoin de les savoir, tant qu’elle ne se mêle pas de vers.
Pour être respectés par ce qui est au-dessous, respectez donc ce qui est au-dessus!
Avant d’envoyer le peuple à l’école, allez-y vous-mêmes!
Classes éclairées, éclairez-vous!