Les squares maintenant sont à l’ordre du jour,
Il fallait que Rouen en eût un à son tour[8]!

Mais parmi tous vos projets, le plus ajourné, le plus important, le plus urgent, c’est celui de la distribution des eaux; car vous en manquez, vous en avez besoin, à Saint-Sever, par exemple.

Or, nous vous proposions, nous autres, d’établir, à n’importe quel coin de rue, deux colonnes ioniques surmontées d’un tympan avec un buste au milieu, une coquille au-dessous;—et déjà nous voyions notre petite fontaine exécutée.—Des promesses, je dis des promesses formelles, avaient été faites à quelques-uns d’entre nous par plusieurs d’entre vous.

Aussi notre surprise fut-elle grande, d’autant plus que la municipalité est parfois large en ces matières: témoin la statue de Napoléon Ier qui décore la place Saint-Ouen. En effet, vous avez donné pour ce chef-d’œuvre (le Conseil général avait voté une première fois 10,000 francs, une seconde fois 8,000 francs, enfin une troisième 5,000 francs d’indemnité au statuaire, parce que sa maquette avait été renversée fortuitement par la commission,—toujours les commissions! Quelle aptitude pour les Arts!), vous avez donné, dis-je, la légère somme de 30,000 francs pour édifier cette statue,—équestre et hydrocéphale,—qui n’en a coûté après tout que 160,000 à peu près, on ne sait pas au juste.

Mais pour celle de Pierre Corneille, proposée en 1805 et qui fut élevée vingt-neuf ans plus tard, en 1834, vous avez, vous, Conseil municipal, dépensé 7,037 fr. 38 c., pas un sou de plus.

Il est vrai que c’est un très grand poète, et vous poussez la considération pour les plus grands poètes jusqu’à vous priver du nécessaire plutôt que de permettre des honneurs à un écrivain de second ordre.

Deux questions, cependant: si la fontaine, si ce monument d’utilité publique, offert par nous, avait dû porter, comme ornement, toute autre chose que le buste de Louis Bouilhet, l’auriez-vous refusé?

S’il se fût agi d’un hommage à un de ces grands industriels de notre département, dont la fortune se compte par deux douzaines de millions, l’auriez-vous refusé? J’en doute.

Prenez garde qu’on ne vous accuse de mépriser ceux qui ne donnent point l’exemple de la fortune!

Pour des hommes si prudents et qui considèrent avant tout le succès, vous vous êtes singulièrement trompés, messieurs! Le Moniteur universel, l’Ordre, le Paris-Journal, le Bien public, le XIXe siècle, l’Opinion nationale, le Constitutionnel, le Gaulois, le Figaro, etc., presque tous les journaux, enfin, se sont déclarés contre vous violemment; et pour ne faire qu’une citation, voici quelques lignes du patriarche de la critique moderne, Jules Janin: