Mais l’autre? Il aurait beau jeu. Et si le poète pouvait cacher ses larmes et se mettre à rire, je vous assure que son livre serait le plus terrible et le plus sublime qu’on ait fait.
SMARH
VIEUX MYSTÈRE (1839)
C’est encore une composition appartenant à la période initiale et romantique de l’auteur. Il lui a donné, en effet, la forme des vieux mystères du moyen âge, et le prologue fait voir, dans le ciel, Satan qui défie l’archange Michel. Le sujet est la tentation d’un ermite, Smarh, par l’esprit du mal et par un autre démon, Yuk, de création personnelle, en qui s’incarnent plus particulièrement l’ironie et le grotesque.
Quelques scènes sont comme des ébauches lointaines de Saint Antoine.
Ce fragment est tiré du prologue. Satan, après avoir été terrassé sous les pieds de l’archange Michel, se relève vainqueur et jette des cris de triomphe.
Merci vous tous qui m’avez secondé! Honneur à la vanité qui s’appelle grandeur et qui m’a livré les poètes, les femmes, les rois.
Honneur à la colère ivre qui casse et qui tue. Honneur à la jalousie, à la ruse, à la luxure qui s’appelle amour, à la chair qui s’appelle âme. Honneur à cette belle chose qui tient un homme par ses organes et le fait pâmer d’aise! Grandeur humaine!
Vive l’enfer!—A moi le monde jusqu’à sa dernière heure. Je l’ai élevé, j’ai été sa nourrice et sa mère, et je l’ai bercé dans ses jeunes ans. Comme il m’a aimé! Comme il m’a pris! Et moi, de quel ardent amour je lui ai imposé mes baisers de feu!