YUK.

Vois donc, ma tête va jusqu’aux nues, mes pieds remuent la cendre des tombeaux; quand je parle, c’est le monde qui dit quelque chose, c’est le créateur qui crée, c’est la créature qui agit. Je suis le passé, le présent, le futur, le monde et l’éternité, cette vie et l’autre, le corps et l’âme. Tu peux abattre des pyramides et faire mourir des insectes, mais tu ne m’arracheras pas la moindre parcelle de quelque chose. Je me moque de tes jours de sépulcre, je me ris de ta faux..... Les fleurs, le sang, les sanglots, tout ce magnifique cortège dont tu te fais gloire. Les ruines, le passé, l’histoire, tous ces grains de sable qui forment ton trône, le monde qui est la roue sur qui tu tournes dans le temps, tout cela, te dis-je, depuis les océans les plus larges jusqu’aux larmes d’un chien, depuis un trône jusqu’à un brin d’herbe, tout cela, ton domaine, ta gloire, ton royaume, que sais-je, enfin, tout ce que tu manges, tout ce que tu dévores, tout ce qui vit et qui meurt, tout ce qui est, commence pour finir, tout cela me fait pitié, tout cela me fait rire, moi, et d’un rire plus fort que le bruit de ton pied quand il broie le monde d’un seul coup.

LA MORT.

Qui donc es-tu?

YUK.

Eh quoi, ne m’as-tu donc jamais vu? Aux funérailles des empereurs, n’était-ce pas moi qui étais couché sur le drap noir, qui conduisais les chevaux; n’est-ce pas moi qui ai creusé les fosses, qui ai fait pourrir ensemble les cadavres des héros dans leurs mausolées de marbre, et les charognes des loups sur les feuilles des bois.

N’as-tu pas vu quelque chose de plus fort que le temps, quelque chose qui le mène, qui le pousse, le remplit et l’enivre. N’as-tu pas vu une autre éternité dans l’éternité. Tu crois donc que tout est fini quand tu as passé.

LA MORT.

Qui donc es-tu? Parle, parle.

YUK.