Je suis le vrai, je suis l’éternel, je suis le bouffon, le grotesque, le laid, te dis-je. Je suis ce qui est, ce qui a été, ce qui sera. Je suis toute l’éternité à moi seul. Pardieu, tu me connais bien, plus d’une fois je t’ai baisée au visage et j’ai mordu tes os. Nous avons eu de bonnes nuits, enveloppés tous deux dans ton linceul troué.

LA MORT.

C’est vrai, je t’avais oublié, ou du moins je voulais t’oublier, car tu me gênes, tu me tirailles, tu m’épuises, tu m’accables, tu veux avoir à toi seul tout ce que j’ai, et je crois, s’il ne me restait plus qu’un seul fil de mon manteau, que tu me l’arracherais.

YUK.

C’est vrai, je suis un époux quelque peu tyrannique, mais je t’apporte chaque jour tant de choses que tu ne devrais pas te plaindre.

LA MORT.

C’est vrai, faisons bon ménage, car nous ne pouvons vivre l’un sans l’autre. Après tout, tu manges encore les miettes qui tombent de ma bouche et la poussière que font mes pieds.

Smarh finit par être précipité dans le néant. Satan verse une larme, mais Yuk se met à rire en se précipitant sur une femme qu’il étouffe sous son étreinte.


A BORD DE LA «CANGE»