Néanmoins, ils donnaient des conseils, remontaient le moral, avaient l’audace d’ausculter.
Leur imagination travaillait. Ils écrivirent au roi, pour qu’on établît dans le Calvados un institut de garde-malades, dont ils seraient les professeurs.
Ils se transportèrent chez le pharmacien de Bayeux (celui de Falaise leur en voulait toujours à cause de sa jujube), et ils l’engagèrent à fabriquer comme les Anciens des pila purgatoria, c’est-à-dire des boulettes de médicaments, qui, à force d’être maniées, s’absorbent dans l’individu.
D’après ce raisonnement qu’en diminuant la chaleur on entrave les phlegmasies, ils suspendirent dans son fauteuil, aux poutrelles du plafond, une femme affectée de méningite, et ils la balançaient à tour de bras, quand le mari survenant les flanqua dehors.
Enfin, au grand scandale de M. le curé, ils avaient pris la mode nouvelle d’introduire des thermomètres dans les derrières.
Une fièvre typhoïde se répandit aux environs; Bouvard déclara qu’il ne s’en mêlerait pas. Mais la femme de Gouy, leur fermier, vint gémir chez eux. Son homme était malade depuis quinze jours, et M. Vaucorbeil le négligeait.
Pécuchet se dévoua.
Taches lenticulaires sur la poitrine, douleurs aux articulations, ventre ballonné, langue rouge, c’étaient tous les symptômes de la dothiénentérie. Se rappelant le mot de Raspail qu’en ôtant la diète on supprime la fièvre, il ordonna des bouillons, un peu de viande. Tout à coup le docteur parut.
Son malade était en train de manger, deux oreillers derrière le dos, entre la fermière et Pécuchet qui le reforçaient.
Il s’approcha du lit et jeta l’assiette par la fenêtre, en s’écriant: