Bouvard et Pécuchet échangèrent un coup d’œil; le même espoir leur était venu; et, malgré la chaleur, ils restèrent debout, pendant longtemps, à interroger l’ecclésiastique, qui s’abritait sous un parapluie de coton bleu. Il avait le bas du visage un peu lourd, avec le nez pointu, souriait continuellement, ou penchait la tête en fermant les paupières.

La cloche de l’église tinta l’angélus.

«Bien le bonsoir, messieurs! Vous permettez, n’est-ce pas?»

Recommandés par lui, ils attendirent durant trois semaines la réponse de Larsoneur. Enfin elle arriva.

L’homme de Villers qui avait déterré la dent de mastodonte s’appelait Louis Bloche; les détails manquaient. Quant à son histoire, elle occupait un des volumes de l’Académie Lexovienne, et il ne prêtait point son exemplaire, dans la peur de dépareiller la collection. Pour ce qui était de l’alligator, on l’avait découvert au mois de novembre 1825, sous la falaise des Hachettes, à Sainte-Honorine, près de Port-en-Bessin, arrondissement de Bayeux. Suivaient des compliments.

L’obscurité enveloppant le mastodonte irrita le désir de Pécuchet. Il aurait voulu se rendre tout de suite à Villers.

Bouvard objecta que, pour s’épargner un déplacement peut-être inutile, et à coup sûr dispendieux, il convenait de prendre des informations,—et ils écrivirent au maire de l’endroit une lettre, où ils lui demandaient ce qu’était devenu un certain Louis Bloche. Dans l’hypothèse de sa mort, ses descendants ou collatéraux pouvaient-ils les instruire sur sa précieuse découverte? Quand il la fit, à quelle place de la commune gisait ce document des âges primitifs? Avait-on des chances d’en trouver d’analogues? Quel était, par jour, le prix d’un homme et d’une charrette?

Et ils eurent beau s’adresser à l’adjoint, puis au premier conseiller municipal, ils ne reçurent de Villers aucune nouvelle. Sans doute les habitants étaient jaloux de leurs fossiles? A moins qu’ils ne les vendissent aux Anglais. Le voyage des Hachettes fut résolu.

Bouvard et Pécuchet prirent la diligence de Falaise pour Caen. Ensuite une carriole les transporta de Caen à Bayeux; de Bayeux ils allèrent à pied jusqu’à Port-en-Bessin.

On ne les avait pas trompés. La côte des Hachettes offrait des cailloux bizarres, et, sur les indications de l’aubergiste, ils atteignirent la grève.