—Directement, c’est impossible!»
A qui se fier? Car enfin le docteur n’était pas un catholique!
Ils continuèrent leurs études, mais sans passion, étant las de l’éocène et du miocène, du mont Jurillo, de l’île Julia, des mammouths de Sibérie et des fossiles invariablement comparés, dans tous les auteurs, à «des médailles qui sont des témoignages authentiques», si bien qu’un jour Bouvard jeta son havresac par terre, en déclarant qu’il n’irait pas plus loin.
La géologie est trop défectueuse! A peine connaissons-nous quelques endroits de l’Europe. Quant au reste, avec le fond des océans, on l’ignorera toujours.
Enfin, Pécuchet ayant prononcé le mot de règne minéral:
«Je n’y crois pas, au règne minéral! puisque des matières organiques ont pris part à la formation du silex, de la craie, de l’or peut-être! Le diamant n’a-t-il pas été du charbon? la houille, un assemblage de végétaux?—En la chauffant à je ne sais plus combien de degrés, on obtient de la sciure de bois, tellement que tout passe, tout croule, tout se transforme. La création est faite d’une manière ondoyante et fugace; mieux vaudrait nous occuper d’autre chose!»
Il se coucha sur le dos et se mit à sommeiller, pendant que Pécuchet, la tête basse et un genou dans les mains, se livrait à ses réflexions.
Une lisière de mousse bordait un chemin creux, ombragé par des frênes, dont les cimes légères tremblaient; des angéliques, des menthes, des lavandes, exhalaient des senteurs chaudes, épicées; l’atmosphère était lourde; et Pécuchet, dans une sorte d’abrutissement, rêvait aux existences innombrables éparses autour de lui, aux insectes qui bourdonnaient, aux sources cachées sous le gazon, à la sève des plantes, aux oiseaux dans leurs nids, au vent, aux nuages, à toute la nature, sans chercher à découvrir ses mystères,—séduit par sa force, perdu dans sa grandeur.
«J’ai soif! dit Bouvard en se réveillant.
—Moi de même! Je boirais volontiers quelque chose!