—C’est facile», reprit un homme qui passait, en manches de chemise, avec une planche sur l’épaule.
Et ils reconnurent ce vagabond, à qui Bouvard autrefois avait donné un verre de vin. Il semblait de dix ans plus jeune, portait les cheveux en accroche-cœur, la moustache bien cirée, et dandinait sa taille d’une façon parisienne.
Après cent pas environ, il ouvrit la barrière d’une cour, jeta sa planche contre un mur, et les fit entrer dans une haute cuisine.
«Mélie! es-tu là, Mélie?»
Une jeune fille parut; sur son commandement, alla «tirer de la boisson» et revint près de la table servir ces messieurs.
Ses bandeaux, de la couleur des blés, dépassaient un béguin de toile grise. Tous ses pauvres vêtements descendaient le long de son corps sans un pli, et, le nez droit, les yeux bleus, elle avait quelque chose de délicat, de champêtre et d’ingénu.
«Elle est gentille, hein!» dit le menuisier, pendant qu’elle apportait des verres. «Si on ne jurerait pas une demoiselle, costumée en paysanne! et rude à l’ouvrage, pourtant!—Pauvre petit cœur, va! quand je serai riche, je t’épouserai!
—Vous dites toujours des bêtises, monsieur Gorju», répondit-elle d’une voix douce, sur un accent traînard.
Un valet d’écurie vint prendre de l’avoine dans un vieux coffre et laissa retomber le couvercle si brutalement qu’un éclat de bois en jaillit.
Gorju s’emporta contre la lourdeur de tous «ces gars de la campagne»; puis, à genoux devant le meuble, il cherchait la place du morceau. Pécuchet, en voulant l’aider, distingua sous la poussière des figures de personnages.