«Aucune, reprit Bouvard; je crois plutôt à la sottise du peuple. Pense à tous ceux qui achètent la Revalescière, la pommade Dupuytren, l’eau des châtelaines, etc. Ces nigauds forment la masse électorale, et nous subissons leur volonté. Pourquoi ne peut-on se faire, avec des lapins, trois mille livres de rente? C’est qu’une agglomération trop nombreuse est une cause de mort. De même, par le fait seul de la foule, les germes de bêtise qu’elle contient se développent et il en résulte des effets incalculables.
—Ton scepticisme m’épouvante!» dit Pécuchet.
Plus tard, au printemps, ils rencontrèrent M. de Faverges, qui leur apprit l’expédition de Rome. On n’attaquerait pas les Italiens, mais il nous fallait des garanties. Autrement notre influence était ruinée. Rien de plus légitime que cette intervention.
Bouvard écarquilla les yeux.—«A propos de la Pologne, vous souteniez le contraire?
—Ce n’est plus la même chose!» Maintenant, il s’agissait du pape.
Et M. de Faverges, en disant: «Nous voulons, nous ferons, nous comptons bien», représentait un groupe.
Bouvard et Pécuchet furent dégoûtés du petit nombre comme du grand. La plèbe, en somme, valait l’aristocratie.
Le droit d’intervention leur semblait louche. Ils en cherchèrent les principes dans Calvo, Martens, Vatel,—et Bouvard conclut:
«On intervient pour remettre un prince sur le trône, pour affranchir un peuple, ou, par précaution, en vue d’un danger. Dans les deux cas, c’est un attentat au droit d’autrui, un abus de la force, une violence hypocrite!
—Cependant, dit Pécuchet, les peuples comme les hommes sont solidaires.