—Peut-être!» Et Bouvard se mit à rêver.

Bientôt commença l’expédition de Rome à l’intérieur.

En haine des idées subversives, l’élite des bourgeois parisiens saccagea deux imprimeries. Le grand parti de l’ordre se formait.

Il avait pour chefs, dans l’arrondissement, M. le comte, Foureau, Marescot, le curé. Tous les jours, vers quatre heures, ils se promenaient d’un bout à l’autre de la place et causaient des événements. L’affaire principale était la distribution des brochures. Les titres ne manquaient pas de saveur: Dieu le voudra.Le Partageux.Sortons du gâchis.Où allons-nous? Ce qu’il y avait de plus beau, c’étaient les dialogues, en style villageois, avec des jurons et des fautes de français, pour élever le moral des paysans. Par une loi nouvelle le colportage se trouvait aux mains des préfets,—et on venait de fourrer Proudhon à Sainte-Pélagie:—immense victoire.

Les arbres de la liberté furent abattus généralement. Chavignolles obéit à la consigne. Bouvard vit de ses yeux les morceaux de son peuplier sur une brouette. Ils servirent à chauffer les gendarmes,—et on offrit la souche à M. le curé,—qui l’avait béni pourtant! quelle dérision!

L’instituteur ne cacha pas sa manière de penser.

Bouvard et Pécuchet l’en félicitèrent un jour qu’ils passaient devant sa porte.

Le lendemain, il se présenta chez eux. A la fin de la semaine, ils lui rendirent sa visite.

Le jour tombait, les gamins venaient de partir, et le maître d’école, en bouts de manche, balayait la cour. Sa femme, coiffée d’un madras, allaitait un enfant. Une petite fille se cacha derrière sa jupe; un mioche hideux jouait par terre, à ses pieds; l’eau du savonnage qu’elle faisait dans la cuisine coulait au bas de la maison.

«Vous voyez, dit l’instituteur, comme le gouvernement nous traite.» Et tout de suite, il s’en prit à l’infâme capital. Il fallait le démocratiser, affranchir la matière!