Elle la reluquait depuis sa jeunesse, en connaissait les tenants et aboutissants, défauts et avantages; et ce désir était comme un cancer qui la minait. Car la bonne dame, en vraie Normande, chérissait, par-dessus tout, le bien, moins pour la sécurité du capital que pour le bonheur de fouler le sol vous appartenant. Dans l’espoir de celui-là, elle avait pratiqué des enquêtes, une surveillance journalière, de longues économies, et elle attendait, avec impatience, la réponse de Bouvard.

Il fut embarrassé, ne voulant pas que Pécuchet, un jour, se trouvât sans fortune; mais il fallait saisir l’occasion,—qui était l’effet du pèlerinage;—la Providence, pour la seconde fois, se manifestait en leur faveur.

Ils offrirent les conditions suivantes: la rente, non pas de sept mille cinq cents francs, mais de six mille, serait dévolue au dernier survivant. Marescot fit valoir que l’un était faible de santé. Le tempérament de l’autre le disposait à l’apoplexie, et Mme Bordin signa le contrat, emportée par la passion.

Bouvard en resta mélancolique. Quelqu’un désirait sa mort, et cette réflexion lui inspira des pensées graves, des idées de Dieu et d’éternité.

Trois jours après, M. Jeufroy les invita au repas de cérémonie qu’il donnait une fois par an à des collègues.

Le dîner commença vers deux heures de l’après-midi, pour finir à onze heures du soir.

On y but du poiré, on y débita des calembours. L’abbé Pruneau composa, séance tenante, un acrostiche; M. Bougon fit des tours de cartes, et Cerpet, jeune vicaire, chanta une petite romance qui frisait la galanterie. Un pareil milieu divertit Bouvard. Il fut moins sombre le lendemain.

Le curé vint le voir fréquemment. Il présentait la religion sous des couleurs gracieuses. Que risque-t-on, du reste?—et Bouvard consentit bientôt à s’approcher de la sainte table. Pécuchet, en même temps que lui, participerait au sacrement.

Le grand jour arriva.

L’église, à cause des premières communions, était pleine de monde. Les bourgeois et les bourgeoises encombraient leurs bancs, et le menu peuple se tenait debout par derrière, ou dans le jubé, au-dessus de la porte.