Ils en vinrent à inspecter les nourrices et s’indignaient contre le régime de leurs poupons; les unes les abreuvent de gruau, ce qui les fait périr de faiblesse; d’autres les bourrent de viande avant six mois, et ils crèvent d’indigestion; plusieurs les nettoient de leur propre salive, toutes les manient brutalement.
Quand ils apercevaient sur une porte un hibou crucifié, ils entraient dans la ferme et disaient:
«Vous avez tort,—ces animaux vivent de rats, de campagnols; on a trouvé dans l’estomac d’une chouette une quantité de larves de chenilles.»
Les villageois les connaissaient pour les avoir vus, premièrement comme médecins, puis en quête de vieux meubles, puis à la recherche des cailloux, et ils répondaient:
«Allez donc, farceurs! n’essayez pas de nous en remontrer.»
Leur conviction s’ébranla, car les moineaux purgent les potagers mais gobent les cerises. Les hiboux dévorent les insectes, et en même temps les chauves-souris, qui sont utiles,—et si les taupes mangent les limaces, elles bouleversent la terre. Une chose dont ils étaient certains, c’est qu’il faut détruire tout le gibier, comme funeste à l’agriculture.
Un soir qu’ils passaient dans le bois de Faverges, ils arrivèrent devant la maison où Sorel, au bord de la route, gesticulait entre trois individus.
Le premier était un certain Dauphin, savetier, petit, maigre, et la figure sournoise. Le second, le père Aubain, commissionnaire dans les villages, portait une vieille redingote jaune avec un pantalon de coutil bleu. Le troisième, Eugène, domestique chez M. Marescot, se distinguait par sa barbe, taillée comme celle des magistrats.
Sorel leur montrait un nœud coulant, en fil de cuivre, qui s’attachait à un fil de soie retenu par une brique, ce qu’on nomme un collet, et il avait découvert le savetier en train de l’établir.
«Vous êtes témoins, n’est-ce pas?»