Car vous n’êtes, avouez-le donc! que l’instrument des génies funestes! Mais je ne succomberai pas plus sous votre puissance que je n’ai été vaincu par les autres tentations! Accumulez les obstacles! Ma volonté est plus solide que vos citadelles et plus fière que vos armées.
JEANNE.
Insensé! (Appelant.) Les nègres! les nègres! (Arrivent quatre nègres avec des poignards.—Aux deux premiers.) Approchez, vous deux!... Tirez vos poignards. (Ils marchent sur Paul et Dominique en levant leurs longs coutelas. Paul reste impassible, Dominique est presque évanoui de terreur.—Froidement.) Tuez-vous! (Les deux nègres tremblent et hésitent.) Avez-vous entendu? (Ils se percent de leurs poignards et tombent morts.—Aux deux autres.) Emportez cela! (Les deux nègres survivants emportent les deux cadavres.—A Paul.) Doutes-tu encore de ma puissance?
DOMINIQUE, à genoux, les mains jointes.
Non! non! Moi, d’ailleurs, je n’ai rien dit!
JEANNE.
Penses-tu qu’avec un peuple pareil je manque de moyens pour te contraindre? J’ai ma tour de fer, bâtie sur un roc d’airain, dans un lac de soufre; et au-dessus d’elle pour empêcher de fuir par les airs, il y a continuellement quatre griffons tenant des nuages dans leur gueule et qui tourbillonnent en regardant sous eux. J’ai au fond d’un puits de marbre, après des centaines d’escaliers, un cachot plus étroit qu’un cercueil, dont les pierres vous dévorent, et où les captifs ne peuvent pas mourir! Mais je te ferais, s’il me plaisait, écraser sous mes chariots, brûler dans mes fours à porcelaine, dévorer par mes tigres, ou boire d’un tel poison qu’immédiatement tu disparaîtrais et qu’il ne resterait de toi sur la terre, pas plus que d’une goutte d’eau évaporée! Eh bien... va-t’en! tu es libre.
PAUL, croisant les bras.
De quelle façon?
JEANNE.