Tu peux sortir de mon royaume. (Paul fait un geste de doute.) Oui, sans que personne t’en empêche.

PAUL.

Qui me l’affirme?

JEANNE déchire son écharpe au-dessus de la frange et y imprime son cachet.

Mon nom sur cette bribe de satin suffira pour vous mener jusqu’aux frontières... et peut-être un jour, si tu la conserves, tu t’accuseras d’avoir répondu par des outrages aux offres les plus magnifiques et les plus tendres que jamais un homme ait reçues d’une reine! (A Dominique, lui tendant le sauf-conduit.) Tiens, prends! (Avec un geste d’autorité.) Sortez!!!

Ils s’en vont par la galerie. Jeanne les suit du regard pendant longtemps.

SCÈNE VI.

JEANNE, seule.

Que lui ai-je donc fait, pour qu’il me fuie toujours? Il m’a été impossible de l’éblouir avec mon pouvoir, et ma générosité ne l’a pas ému! (Elle marche lentement en regardant les murs.) Qu’ai-je besoin de tout cela maintenant, puisqu’il le refuse!... Je vais abandonner ce royaume... et le suivre... partout... de loin... (Elle s’affaisse sur les degrés du trône.) Ah! j’avais plus de bonheur autrefois, quand je n’étais qu’une pauvre laitière. Un jour... je me rappelle... je suis venue dans sa mansarde, il me vanta ma jolie figure... mes mains qu’il a presque portées à ses lèvres... Et aujourd’hui non seulement il ne me reconnaît plus, mais il me hait. Par quelle fatalité? Et pourquoi se trompe-t-il sur ces bons génies, quand ils ne travaillent au contraire qu’à notre félicité commune. (Des éclats de rire stridents éclatent au dehors, à gauche, derrière le trône.) Ah! ce sont mes petits bouffons, dans la salle à côté, qui s’amusent! (Un bruit de voix joyeuses s’élève.) Quelle gaieté!

SCÈNE VII.