PAUL.

Adieu, Jeanne!... Oh! je suis maudit!... Je t’ai perdue!... (Le petit mur de la terrasse s’est levé et l’escalier, devenu d’argent, a grandi. De chacun des vases de fleurs posés sur les marches est sortie une femme. Elles étendent leurs bras sur les épaules les unes des autres, de sorte que l’escalier semble avoir pour rampe une longue file de femmes vêtues de perles. On distingue en haut, enveloppée dans les nuages et sous les teintes laiteuses d’un clair de lune, la base du palais des fées, couleur de nacre. Jeanne est en avant, sur la plate-forme, au sommet de l’escalier.—Paul, en se retournant pour suivre du regard Letourneux qui s’éloigne, l’aperçoit, s’écrie:) Jeanne!... (et escalade, en courant, l’escalier.—Pendant qu’il monte, son habillement disparaît pour un costume d’apothéose, tout en blanc, long manteau. Chaque marche, à mesure qu’il monte, exhale un son d’harmonica: succession de toutes les notes de la gamme.—Au moment où il va ouvrir les bras pour serrer Jeanne, la reine des fées apparaît auprès d’elle, avec toutes les fées, qui sont un peu en arrière, à sa droite et à sa gauche; sur le péristyle du temple, lequel est maintenant plus éclairé, Paul s’arrête et recule.)—Je n’ose avancer, ô reine! ma mission n’est pas finie. J’ai laissé le mal sur la terre.

LA REINE.

Il lui en faut toujours un peu! Tu n’en as pas moins mérité ta récompense. Soyez heureux dans l’immortalité!

DOMINIQUE, tenant le cœur dans ses mains et le pied sur la première marche de l’escalier.

Eh bien, et moi? et moi? qu’est-ce que je vais devenir avec cette charge-là?

LA REINE.

Valet de cœur, surveille ceux qui trichent, console ceux qui perdent!

Dominique est changé en valet de cœur.—Le cœur se place dans l’air, à sa gauche, sur un carré blanc, fait à sa taille, et qui lui sert de fond, tandis qu’une longue banderole se déploie dans les airs, portant, écrits en lettres lumineuses, ces mots:

LA VERTU ÉTANT RÉCOMPENSÉE, ON N’A RIEN A DIRE!