Elle était seule, comme le matin; elle se tenait à la même place, presque dans la même posture, mais elle avait changé de robe; celle-ci était noire, la garniture de dentelle, qui en bordait le haut, frissonnait d’elle-même sur sa gorge blanche, sa chair brillait, sa figure avait cette pâleur lascive que donnent les flambeaux; la bouche mi-ouverte, les cheveux tout débouclés et pendant sur ses épaules, les yeux levés au ciel, elle avait l’air de chercher du regard quelque étoile disparue.

Bien vite, d’un bond joyeux, elle sauta jusqu’à moi et me serra dans ses bras. Ce fut là pour nous une de ces étreintes frissonnantes, telles que les amants, la nuit, doivent en avoir dans leurs rendez-vous, quand, après avoir longtemps, l’œil tendu dans les ténèbres, guetté chaque foulement des feuilles, chaque forme vague qui passait dans la clairière, ils se rencontrent enfin et viennent à s’embrasser.

Elle me dit, d’une voix précipitée et douce tout ensemble:

—Ah! tu m’aimes donc, que tu reviens me voir? dis, dis, ô mon cœur, m’aimes-tu?

Ses paroles avaient un son aigu et moelleux, comme les intonations les plus élevées de la flûte.

A demi affaissée sur les jarrets et me tenant dans ses bras, elle me regardait avec une ivresse sombre; pour moi, quelque étonné que je fusse de cette passion si subitement venue, j’en étais charmé, j’en étais fier.

Sa robe de satin craquait sous mes doigts avec un bruit d’étincelles; quelquefois, après avoir senti le velouté de l’étoffe, je venais à sentir la douceur chaude de son bras nu, son vêtement semblait participer d’elle-même, il exhalait la séduction des plus luxuriantes nudités.

Elle voulut à toutes forces s’asseoir sur mes genoux, et elle recommença sa caresse accoutumée, qui était de me passer la main dans les cheveux tandis qu’elle me regardait fixement, face à face, les yeux dardés contre les miens. Dans cette pose immobile, sa prunelle parut se dilater, il en sortait un fluide que je sentais me couler sur le cœur; chaque effluve de ce regard béant, semblable aux cercles successifs que décrit l’orfraie, m’attachait de plus en plus à cette magie terrible.

—Ah! tu m’aimes donc, reprit-elle, tu m’aimes donc que te voilà venu encore chez moi, pour moi! Mais qu’as-tu? tu ne dis rien, tu es triste! ne veux-tu plus de moi?

Elle fit une pause et reprit: