—Écoute, comme notre vie serait belle si c’était ainsi, si nous allions demeurer dans un pays où le soleil fait pousser des fleurs jaunes et mûrit les oranges, sur un rivage comme il y en a, à ce qu’il paraît, où le sable est tout blanc, où les hommes portent des turbans, où les femmes ont des robes de gaze; nous demeurerions couchés sous quelque grand arbre à larges feuilles, nous écouterions le bruit des golfes, nous marcherions ensemble au bord des flots pour ramasser des coquilles, je ferais des paniers avec des roseaux, tu irais les vendre; c’est moi qui t’habillerais, je friserais tes cheveux dans mes doigts, je te mettrais un collier autour du cou, oh! comme je t’aimerais! comme je t’aime! laisse-moi donc m’assouvir de toi!
Me collant à sa couche, d’un mouvement impétueux, elle s’abattit sur tout mon corps et s’y étendit avec une joie obscène, pâle, frissonnante, les dents serrées et me serrant sur elle avec une force enragée; je me sentis entraîné comme dans un ouragan d’amour, des sanglots éclataient, et puis des cris aigus; ma lèvre, humide de sa salive, pétillait et me démangeait; nos muscles, tordus dans les mêmes nœuds, se serraient et entraient les uns dans les autres, la volupté se tournait en délire, la jouissance en supplices.
Ouvrant tout à coup les yeux ébahis et épouvantés, elle dit:
—Si j’allais avoir un enfant!
Et passant, au contraire, à une câlinerie suppliante:
—Oui, oui, un enfant! un enfant de toi!... Tu me quittes? nous ne nous reverrons plus, jamais tu ne reviendras, penseras-tu à moi quelquefois? j’aurai toujours tes cheveux là, adieu!... Attends, il fait à peine jour.
Pourquoi donc avais-je hâte de la fuir? est-ce que déjà je l’aimais?
Marie ne me parla plus, quoique je restasse bien encore une demi-heure chez elle; elle songeait peut-être à l’amant absent. Il y a un instant, dans le départ, où, par anticipation de tristesse, la personne aimée n’est déjà plus avec vous.
Nous ne nous fîmes pas d’adieux, je lui pris la main, elle y répondit, mais la force pour la serrer était restée dans son cœur.
Je ne l’ai plus revue.