NOTE.
Un court fragment de Novembre parut dans Par les Champs et par les Grèves (Charpentier, éditeur, Paris, 1886). Novembre est à la jeunesse de Flaubert ce que les Mémoires d’un Fou sont à son adolescence. Ces pages, d’un caractère autobiographique, furent lues par Flaubert à Maxime Du Camp dans le plus grand secret. Ce dernier nous donne ainsi son impression: «Je n’eus aucun effort à faire pour témoigner mon enthousiasme; j’étais sous le charme et subjugué. Enfin un grand écrivain nous est né, et j’en recevais la bonne nouvelle».
N’ayant pas été renseigné en temps opportun sur leur existence, nous plaçons à la fin du second volume des Œuvres inédites ces quelques essais qui, chronologiquement, appartiennent, sauf le dernier, au tome I.
CHRONIQUE NORMANDE
DU
DIXIÈME SIÈCLE.[8]
[8] Mai 1836.
Connaissez-vous la Normandie, cette vieille terre classique du moyen âge, où chaque champ a eu sa bataille, chaque pierre garde son nom et chaque débris un souvenir? Vous figurez-vous Rouen, la métropole, au temps des assauts, des guerres, des famines, au temps où les preux venaient se battre sous ses murs, où les chevaux faisaient étinceler le pavé des quais, tout chauds encore du sang des Anglais?
Ce jour-là, je veux dire le 28 août de l’an 952, toutes les cloches y étaient en branle; les habitants, parés de leurs vêtements de fête, se montraient partout, sur les toits, aux lucarnes, aux fenêtres, dans les rues; tout le peuple se pressait sur la route de Paris en criant de joie et en jetant des fleurs.
Le roi arriva à la porte Beauvoisine à huit heures du soir, on l’attendait depuis le matin. Dès qu’il parut, ce furent des trépignements, des bravos, des cris de joie, des hurlements d’enthousiasme, et l’on vit même des mains qui laissaient tomber des lis et des roses à travers les meurtrières des tours.
Le jeune Richard, fils du duc Guillaume assassiné en Flandre, alla au-devant de lui. Il était âgé de 12 ans, et c’était un bel enfant aux cheveux blonds, aux yeux tendres, au teint pâle; pourtant il montait habilement sa jument noire, et sa main portait fort bien une grande épée, qu’il abaissa devant le roi, comme vassal et sujet.