—Pauvre enfant! dit Louis IV en l’embrassant et en versant une larme que chacun vit couler sur sa joue, je viens ici pour vous venger de la mort de Guillaume.

Le peuple sautait de joie, il bondissait, il dansait, et ses bras tatoués jetaient des couronnes qui tombaient sur le casque du monarque. N’est-ce pas que tout ce peuple, suspendu à chaque sculpture, à chaque pignon de maison, à chaque proéminence d’église, de rue, de muraille, n’est-ce pas que toute cette multitude enfin, bénissant un seul homme, avait quelque chose d’auguste et de solennel?

Le ciel était pur, éclairé, quelques étoiles commençaient à y briller, l’air embaumait des fleurs que l’on avait jetées aux pieds des chevaux, et les eaux de la Seine étaient calmes et paisibles; le peuple chantait toujours des cris d’allégresse. Oh! c’était un beau jour! La lune vint reluire sur les armes des chevaliers tout couverts de poussière, ce qui les fit paraître d’argent, et le roi entra à l’hôtel de ville.

—Vous coucherez avec nous, dit-il au jeune duc en entrant sous le portique de la salle basse; veillez, messire bailli, à ce que tout soit prêt dans notre appartement commun.

Minuit arriva, et Richard dormait d’un sommeil paisible auprès de Louis; celui-ci, appuyé sur le balcon, regardait attentivement les dernières lumières de la ville, qui s’éteignaient les unes après les autres; bientôt tout rentra dans le silence, et Rouen s’endormit avec calme et bonheur, comme l’enfant qui penchait gracieusement hors de sa couche sa belle chevelure blonde.

La main appuyée sur son front, le roi aspirait avec volupté le vent frais de la nuit, car il est de si beaux moments dans la vie d’un homme, où la nature émane un parfum si suave et si doux à l’âme, qu’on se sentirait coupable de ne pas jouir de ces délices.

Un page, qui ouvrit la porte en faisant un grand salut, le tira de sa rêverie.

—Que veux-tu? lui dit-il.

—Sire, un homme entouré d’un large manteau, ayant une toque de velours rouge sur la tête, demande audience sur-le-champ; il prétend avoir de grands secrets à vous communiquer.

—Dis-lui d’entrer... Ah! c’est toi, dit-il à l’inconnu, qui ôta son manteau et laissa voir un homme d’une stature élevée, le corps maigre, le front ridé, et le visage couvert de balafres, c’est toi, Arnould. Quelles nouvelles de Flandre?