SMARH.
Et nous sommes donc libres.
SATAN.
Tu penses que la liberté est pour nous? Qu’est-ce que cette liberté?
SMARH.
Oui, nous sommes libres, n’est-ce pas? car sur la terre je me sentais enchaîné à mille chaînes, retenu par mille entraves, tout m’arrêtait; et tandis que mon esprit volait jusqu’à ces régions, mon corps ne pouvait s’élever à un pouce de cette terre que je foulais. Mais maintenant je me sens plus grand, plus libre; je me sens respirer plus à l’aise, mon esprit s’ouvre à tous les mystères, nous voilà sur les limites de la création, je vais les franchir peut-être. Quelle grandeur autour de nous! tout cela brille et nous éclaire. Est-ce que nous ne pouvons errer à loisir dans cet infini? est-ce que nous ne marchons pas à plaisir sur cette éternité qui contient tout le passé et l’avenir, les germes et les débris?
Vois donc comme ces nuages se déploient mollement sous nos pieds, comme leurs replis sont moelleux et larges! vois comme ce firmament est bleu et profond, comme ces étoiles roulent et brillent, comme la lune est blanche et comme le soleil a des gerbes d’or sous nos pieds! Et il me semble que cela est fait pour moi, car pourquoi donc seraient-ils alors? la création doit avoir un autre but que sa vie même.
SATAN.
Tu es libre? tu es grand? Vraiment non, la liberté n’est ni pour ces astres qui roulent dans le sentier tracé dans l’espace et qu’ils gravissent chaque jour, ni pour toi qui es né et qui mourras, ni pour moi qui suis né un jour et qui ne mourrai jamais, peut-être. Quelle grandeur d’errer ainsi dans ce vide, d’être de la poussière au vent, du néant dans du néant, un homme dans l’infini!
SMARH.