On ne veut plus de moi; demain, les maçons m’attaqueront par ma base, me renverseront, me démoliront pierre à pierre.

LE BÉNITIER.

Ils sont venus prendre mon eau, ils se sont lavé les mains. En vain j’ai écumé, bouillonné, ils ont craché dans mon onde et se sont amusés à voir les cercles que cela faisait.

LA NEF.

Tout a passé sous moi: noces, funérailles, morts et vivants. J’étais l’écho des chants, je renvoyais les soupirs et les cris de douleurs; c’était vers moi que volait l’encens, que montaient le parfum des fleurs, et la voix des prières, la fumée des cierges. Que de fois j’ai resplendi, j’ai vibré! mais je suis triste, j’ai envie de me coucher sur les dalles qui sont à mes pieds.

LES COLONNES.

Autrefois on nous entourait de guirlandes, maintenant nous sommes nues. Nous sommes, depuis six cents ans, séparées les unes des autres, nous nous enfonçons sous terre; je crois que l’église tout entière s’affaisse dans un bourbier, on dirait d’un démon qui pèse sur son toit et l’écrase.

LES VITRAUX.

Que de fois le soleil a illuminé nos couleurs, maintenant nos reflets n’éclairent plus rien. Les pierres de la rue viennent nous casser chaque jour, les vents nous jettent par terre; il faudra remporter toutes nos fleurs, toutes nos couleurs aux pieds du bon Dieu.

LES DALLES.