C’est également des tombeaux que sont sorties ces séries extraordinairement complètes de vases qui nous permettent d’établir une certaine classification dans la période prédynastique, ou tout au moins de suivre en quelque mesure le développement de la civilisation. Toute cette céramique, qui est particulière à l’Egypte et qu’on ne peut comparer à celle d’aucun autre pays, dénote, dès l’apparition des plus anciens exemplaires, une habileté remarquable et une longue pratique du métier chez les potiers égyptiens: les vases sont absolument réguliers de forme et d’épaisseur et il faut un examen minutieux pour arriver à reconnaître qu’aucun n’a été fait au tour et que tous sont modelés à la main.
Le plus ancien type est celui de la poterie rouge à bord noir, qui est extrêmement fréquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe profonde, le gobelet, le vase ovoïde à fond plat ou pointu, à large ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d’argile très fine mélangée de sable, enduits à l’extérieur d’une légère couche d’hématite et lissés au polissoir, puis cuits dans un feu doux, posés l’ouverture en bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manière donne une pâte légère et friable; la couverte exposée à une chaleur plus forte près de l’orifice se désoxyde en cet endroit et devient d’un beau noir très brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge foncé.
La poterie rouge uniforme est exactement semblable à l’autre comme matière, mais le procédé de cuisson, un peu différent, empêche la formation du bord noir; tout le vase reste alors extérieurement d’une couleur absolument régulière, d’un beau rouge lustré. Ce type de poterie qui est, à peu de chose près, contemporain du type rouge à bords noirs, présente des formes un peu différentes: à côté de l’écuelle creuse et du vase ovoïde, on trouve la bouteille ventrue à fond plat et à col étroit et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de céramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les autres jumelés, d’autres encore en forme de poisson ou d’oiseau; ce ne fut du reste là qu’une mode qui ne se prolongea que sur une période assez brève.
Un autre dérivé de cette céramique rouge, qui est presque aussi ancien qu’elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la céramique rouge à décor blanc. Le fond est toujours d’un beau rouge lustré sur lequel se détache, en lignes blanches mates, une ornementation empruntée au travail de la vannerie, chevrons, lignes pointillées et entre-croisées, et parfois même quelques représentations animales très sommaires. Les formes employées de préférence pour ce genre de poterie sont les coupes profondes, arrondies ou à fond plat, et les vases allongés, renflés à la partie inférieure, parfois très étroits du haut.
La poterie blanche, qui est en réalité plutôt d’un jaune rosé est plus récente et se perpétue jusqu’à l’époque thinite. La pâte en est plus fine, en argile moins mélangée de sable, la cuisson meilleure; quant aux formes elles sont peu variées. Il n’y a en somme guère qu’un type, qui va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont presque globulaires avec une ouverture très étroite et deux petites saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu à peu, la panse se rétrécit, l’ouverture s’agrandit, les saillies s’allongent et se rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le vase devient cylindrique. Parfois il est décoré de traits rouges entre-croisés.