Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe étaient surtout des viandes, et spécialement des têtes et des gigots de gazelle, dont on retrouve fréquemment les os à côté du squelette du défunt; les végétaux sont moins bien conservés, mais on reconnaît encore au fond des vases, et surtout des vases en terre grossière, des traces non équivoques de céréales, d’orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings.
On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en contiennent, elles ne sont jamais qu’en petit nombre; généralement même il n’y en a qu’une seule, placée à portée de la main du mort, devant sa figure. Ces armes sont par contre d’une grande beauté et d’une exécution très supérieure à celle des silex qu’on trouve à la surface du sol: ce sont le plus souvent de longues lances droites finement retouchées qui pouvaient servir de poignards, des couteaux légèrement recourbés, au tranchant très affilé, des pointes de lances ou de javelots à double pointe et à tranchant, ou de forme lancéolée, et parfois des pointes de flèches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinçons, sont très rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de pêche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes données au mort étaient destinées, non seulement à le mettre à même de réduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son chemin, mais surtout à lui permettre de chasser et de pêcher dans l’autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme délassement.
Les objets d’ornement sont abondants, mais presque toujours très simples, exécutés de façon sommaire dans des matières qui n’ont rien de précieux: ainsi les colliers à plusieurs rangs qui tombaient sur la poitrine étaient composés de perles irrégulières de forme et de grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures, telles que la cornaline, l’agate, le silex, étaient presque toujours travaillées de façon grossière et malhabile; on en trouve aussi qui sont faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percés d’un trou. Les bracelets sont plus soignés, ils sont soit en nacre, soit en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie inférieure d’une dent d’éléphant à l’endroit où elle est creuse, ou le bas d’une grande coquille univalve de la famille des trochidés; d’autres enfin sont en silex, évidés avec une dextérité qui montre jusqu’à quel point ces populations avaient poussé l’industrie de la pierre taillée. Les femmes portaient des peignes hauts et étroits en ivoire ou en os, dont la partie apparente, au-dessus de la chevelure, était généralement surmontée d’une figure ornementale. Enfin un certain nombre de pendeloques, percées d’un trou, également en os ou en ivoire, parfois en pierre, servaient en même temps d’ornements et d’amulettes.
Dans beaucoup de sépultures on voit à côté de la tête du mort une plaque en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont taillées en losange, en rectangle ou en carré, les autres découpées de manière à imiter le profil d’un animal, hippopotame, tortue, poisson, oiseau. La signification de ces objets est encore très incertaine, bien que d’habitude on les considère comme des palettes à broyer le fard vert qu’hommes et femmes se mettaient autour des yeux, à cause d’une petite dépression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme étrange donnée à beaucoup de ces plaques, le fait qu’elles sont percées d’un trou de suspension, les décorations animales gravées à la pointe, qui les ornent quelquefois, et surtout l’analogie avec les grandes plaques de schiste d’époque thinite, qui étaient couvertes de sculptures et se trouvaient déposées dans les sanctuaires et non dans les tombes, m’engagent à y voir des talismans ou des sortes de fétiches plutôt que des objets usuels.
C’est sans doute aussi à titre de talisman qu’on déposait parfois dans les tombes des figurines d’hippopotame en argile: le monstre mis ainsi au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protéger de bien des dangers.
Céramique